11/10/2007

1830 la Révolution belge

Après la défaite de Napoléon à Waterloo le 18 juin 1815, au Congrès de Vienne de 1814-1815, l'Angleterre avait imposé l'union de la Belgique aux Pays-Bas. Londres espérait que cet état-tampon empêcherait la France de se relancer à la conquête de l'Europe.

Après la première abdication de Napoléon, battu par les forces de la 6e coalition, les Puissances décident de remanier la carte de l'Europe.

Par le Traité de Paris (30 mai 1814), elles reconnaissent l'indépendance de la Hollande et projettent de lui donner la Belgique comme « accroissement de territoire », afin de constituer une barrière contre la France.

Le 26 juin 1814, le Protocole de Londres stipule que la réunion des deux pays sera «intime et complète» de façon à ne former qu’un seul Etat, et que la constitution déjà établie en Hollande sera appliquée en Belgique après avoir été modifiée d’un commun accord.
Le Congrès de Berlin (1814-1815) ratifie ces décisions des souverains coalisés.

De plus, il enlève à la Belgique les cantons d’Eupen, de Malmédy et de Saint-Vith pour les donner à la Prusse (ils lui seront rendus par le Traité de Versailles le 28 juin 1919) et attribue à Guillaume d’Orange le Grand-duché de Luxembourg pour le dédommager de la perte des territoires que sa maison possédait en Allemagne.

Le 24 août 1815, la Loi fondamentale, c’est-à-dire la constitution hollandaise, est mise en vigueur dans nos provinces, bien qu’elle ait été rejetée par la majorité des notables belges.

Mais dans ce nouveau royaume des Pays-Bas, les Belges ne cessent de se plaindre d'être traités en citoyens de second rang alors qu'ils ne sont pas moins de 3,5 millions face à 3 millions de Hollandais.
Les postes de l'administration sont confiés à des Hollandais et les belges se sentent floués, leurs appels au Roi Guillaume restent sans réponse
Il faut dire que 250 ans après la scission des Dix-Sept Provinces de Charles Quint et Philippe II de Habsbourg,
et près de mille ans de Principauté de Liège,
les Belges ne se sentent guère d'affinités avec leurs cousins du nord et ont un esprit d'indépendance.
Catholiques suite à la volonté de leurs anciens tuteurs espagnols et autrichiens, les Belges se distinguent des Hollandais, en majorité protestants de confession calviniste.
Malgré les progrès économiques et sociaux réalisés sous le nouveau régime, de profonds dissentiments continuent à subsister entre les deux peuples réunis par la volonté des Puissances.
D’autre part, le roi Guillaume, par sa politique personnelle et sans contrôle, blesse les idées et viole les droits de ses sujets du Sud.
Aussi les griefs s’accumulent peu à peu et provoquent finalement le mécontentement de toutes les classes de la société.
L’opposition belge aux tendances trop absolues et «hollandisantes» du roi se manifeste tout d’abord aux Etats Généraux, où nos députés font entendre de véhémentes protestations et votent contre le gouvernement.

Un rapprochement entre les catholiques et les libéraux s’opère en 1827.
L’année suivante, le bloc des deux partis est réalisé par l’Union des oppositions et un programme commun d’action est arrêté pour lutter contre le despotisme.
La bourgeoisie belge parle français et regarde vers Paris.
D'ailleurs, de nombreux belges s'étaient engagés dans l'armée française
et la Belgique gardait aussi la nostalgie du temps où elle faisait partie du territoire français.
Les Hollandais cultivent la langue de leur terroir et gardent les yeux rivés vers le grand large,
leurs colonies, et la Belgique n'en est qu'une de plus.
Avec le concours des journaux, l’Union organise, en novembre 1828, une pétition qui réunit près de 40.000 signatures.
En 1829, les protestataires renouvellent leur pétition et recueillent plus de 300.000 signatures.

Pendant les premiers mois de 1830, la désaffection s’aggrave entre Belges et Hollandais tant à la Chambre que dans le pays.
La rupture morale est consommée, mais le loyalisme des Belges reste entier.

A Bruxelles, au théâtre de la Monnaie, le 25 août à l'occasion des 59 ans du Roi Guillaume, a lieu la représentation de la Muette de Portici , opéra de Daniel Esprit Aubert , qui exalte les sentiments patriotiques.
Le duo de l'Amour sacré de la Patrie avait échauffé un public enthousiaste lorsqu'au troisième acte Nazarello, au son du tocsin, brandit une hache et chante:

"Courons à la vengeance !
Des armes, des flambeaux !
Et que notre vaillance,
Mette un terme à nos maux"

La salle se leva répétant: "Aux armes, aux armes ! ".
Ce cri courut comme une traînée de poudre dans la foule qui sortit du théâtre en hurlant: "Au National ! Au National ! "
Se répandant dans les rues ils se dirigèrent tous vers les bureaux du journal pro-orangiste de Libri Bagnano, rédacteur principal du National, qui soutenait les prétentions du Roi Guillaume contre les libéraux et les catholiques belges coalisés.
L'établissement fut saccagé tout comme les maisons du Ministre de la Justice Van Mannen, du Directeur de la Police de Knyff et du Procureur du Roi Schuerrnans, tous partisans de la maison d'Orange.
Le peuple belge d'alors en avait assez de subir les vexations et les inégalités, l'injustice et l'impôt.

Devant l’inaction des autorités, quelques hommes résolus organisent une Garde bourgeoise, et choisissent pour chef Emmanuel van der Linden d’Hoogvorst.
Ils forment des compagnies de volontaires et prennent comme signe de ralliement les couleurs de la révolution brabançonne.
Le 28 août, une réunion de notables vote une adresse au roi pour obtenir le redressement des griefs.

Le 26 août, à Liège, dans un café au pied de la rue Haute Sauvenière où arrive la diligence de Bruxelles, la nouvelle se répand que des manifestations de rue ont eu lieu après la représentation de l'opéra "La Muette de Portic" d'Auber.

Aussitôt, les Liégeois s'organisent pour prêter main forte aux Bruxellois et bouter les Hollandais hors de Bruxelles.
C'est derrière un drapeau brandi par Charles Rogier que, le 4 septembre 1830, les volontaires quittent Liège pour Bruxelles.

L'histoire est en marche et le rôle des Liégeois dans la réussite de l'insurrection sera largement établi.
Mais Liège aussi est occupée par les Hollandais retranchés dans la citadelle, sur les hauteurs de Sainte Walburge.
La garnison hollandaise de la citadelle, sous les ordres du général Van Boecop, est assiégée par les volontaires liégeois de la garde urbaine.
Les Hollandais attendent du ravitaillement qui doit venir de Maastricht.
Ils bombardent régulièrement les assiégeants, qui subissent quelques pertes.
Les volontaires surveillent les routes de Tongres et de Saint-Trond par où devraient arriver des contingents hollandais avec des vivres.

Le 29 septembre, on apprend à Liège que Bruxelles est libre depuis l'avant-veille.

Le 30 au matin, on signale qu'un convoi de dix chariots de vivres, accompagné d'une importante escorte, s'avance par la route de Tongres.
La garde urbaine liégeoise, renforcée par des volontaires de Verviers, Franchimont, Andenne et Dinant, décide d'aller couper la route aux secours hollandais.
De la cour du palais des princes-évêques, dans des clameurs d'enthousiasme, s'ébranle une troupe «bruyante, hétéroclite et peu disciplinée, où des citoyens calmes, froidement résolus à faire leur devoir, côtoient des exaltés et des chercheurs d'aventure», écrit Joseph Demarteau.
Un plan a été plus ou moins élaboré par le comte de Berlaymont, commandant de la garde urbaine.
Une partie de la garde se portera face à la colonne de secours pendant qu'une autre partie, qui tient les Tawes et Vottem, attaquera le flanc gauche, et la troisième, postée à Ans, sous les ordres de Vercken, attaquera le flanc droit.

Les troupes hollandaises ont fait halte.
Le général Daine, qui les commande, est un pur Wallon, natif d'Andenne (il se ralliera au gouvernement belge), qui veut éviter des combats fratricides.
Il y a aussi des Wallons dans la garnison hollandaise.
Certains ont déjà déserté. D'autres attendent l'occasion de le faire.
Daine demande à parlementer.
Les négociations aboutissent à une étonnante transaction. Les canons se tairont. Une moitié du convoi sera abandonnée à la garde urbaine, l'autre pourra pénétrer dans la citadelle qui aura du ravitaillement pour trois jours.
De toute façon, estime Daine, d'ici là, la situation sera éclaircie et la place aura sans doute capitulé.

La proposition est acceptée.
Berlaymont donne des ordres, mais une grande partie des Liégeois ne veut rien entendre. Pas question de laisser passer les chariots (qui n'ont plus d'escorte) pour la citadelle, d'autant que le contenu est très tentant.
De volontaires, beaucoup se transforment en chapardeurs.
Les chariots sont pillés.
Berlaymont, désespéré de ne pouvoir se faire obéir, renonce à commander et se retire.
Daine rejoint ses troupes qui ouvrent le feu.
Le jeune Demarteau et plusieurs de ses compagnons, atterrés par l'attitude des pilleurs, continuent à avancer.
Au moment où ils arrivent à portée de la citadelle, les pièces hollandaises mitraillent et la cavalerie de secours charge.
Dans les cuirassiers, il y a aussi des Wallons et Joseph Demarteau, futur fondateur de "La Gazette de Liège" sera stupéfait de s'entendre donner, par un cavalier hollandais, la consigne suivante: « Tape-tu à l'terre, valet!» (Jette-toi à terre, garçon). Certains font un simulacre de combat mais d'autres font des ravages dans les rangs liégeois.
C'est la débandade. Joseph Demarteau est obsédé par une pensée. Il ne veut pas abandonner son fusil.
La retraite est coupée vers la ville, il tente un autre chemin.
Et tout à coup, les Hollandais font retraite, désemparés par l'arrivée de la colonne de la garde urbaine qui vient d'Ans sous le commandement de Vercken.

Les Liégeois sont vainqueurs.
La Citadelle reste encerclée.
Le 6 octobre, la citadelle, restée encerclée, capitule.

La garnison, avec en tête le général Van Boecop, prendra la route de Maastricht, entre une haie formée par 5000 hommes de la garde urbaine liégeoise.
Les officiers et soldats d'origine belge restés dans le fort, formeront le noyau du 1er Régiment de Ligne.

Mais revenons à Bruxelles au mois d'août.
Guillaume d’Orange envoie en Belgique une armée de 6.000 hommes commandée par ses deux fils.
L’arrivée des Hollandais à Vilvorde, le 30 août, surexcite le peuple bruxellois qui prend les armes et élève des barricades.

Le prince d’Orange, fils aîné du roi, renonce à un coup de force et fait le 1er septembre, son entrée dans la ville avec quelques officiers et sous la protection de la garde bourgeoise.

Après deux jours de négociations avec les chefs de l’opposition, il repart en Hollande pour aller soumettre à son père un projet de séparation administrative suggéré par les notables bruxellois.
Le prince fait rétrograder ses troupes des portes de Bruxelles à Anvers.

Cependant l’agitation gagne les villes, des émeutes éclatent partout, des bandes de volontaires s’organisent et se préparent à rejoindre les patriotes de la capitale.

De bourgeoise au départ, la révolution gagne toutes les couches de population.

Le 3 septembre, le roi atterré, signe la démission de son ministre impopulaire Van Maanen.
Le 8 septembre, les députés belges se rendent à l’ouverture des Etats Généraux, convoqués en séance extraordinaire à La Haye.

L’agitation croissant, les avancés l’emportent sur les modérés et constituent une Commission de sûreté publique. La foule mécontente de l’inaction de cette commission, chasse celle-ci et désarme la garde bourgeoise (19-20 septembre).

Saisissant cette occasion, le roi Guillaume donne ordre à son fils Frédéric de marcher sur Bruxelles pour rétablir l’ordre et dicter le respect des lois.
Cette mesure, loin de ramener le calme, enflamme le patriotisme et galvanise les courages.
Le peuple s’apprête à résister, les compagnies s’organisent, les renforts arrivent en groupes de plus en plus compacts.

Le 23 septembre, les Hollandais pénètrent dans la ville, se heurtant à des barricades, au feu nourri des volontaires et à la fureur déchaînée de la population.
Le lendemain, une Commission administrative s’installe à l’hôtel de ville.
Ce noyau de pouvoir comprend : d’Hoogvorst, Jolly et Charles Rogier.
Il nomme don Juan Van Halen commandant en chef des patriotes.

Le Gouvernement Provisoire

Par l’adjonction des chefs de la Commission de Sûreté, la Commission Administrative devient, le 26 septembre, le Gouvernement provisoire parmi lesquels:
Alexandre Gendebien,
Général Baron van der Linden d’Hoogvorst,
Baron André Jolly,
Comte Félix de Merode,
Charles Rogier,
Sylvain van de Weyer.
Celui-ci est complété par Louis De Potter, qui rentre d’exil le 28.

Le Gouvernement provisoire s’attribue tous les pouvoirs jusqu’à la convocation d’une assemblée constituante.
Dans la nuit du 26 au 27 septembre, les Hollandais après avoir essuyé durant quatre jours le feu des patriotes, évacuent le Parc de Bruxelles où ils se sont laissés encercler et battent en retraite.

La victoire des insurgés produit dans tout le pays une exaltation intense.
Les villes se libèrent, les campagnes se soulèvent, les volontaires affluent dans la capitale, la révolution est triomphante.
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La Belgique se dote d'un drapeau tricolore dont les bandes sont horizontales puis deviendront verticales comme nous le connaissons aujourd'hui.
La Brabançonne, l'hymne national, sera écrite par Van Campenhout pour la musique et Jenneval pour les paroles, ce dernier n'aura pas l'occasion d'entendre la dernière version, il mourut avant la fin de la révolution
FORTISSIMUS LIBERATORIBUS BELGAE - - L'UNION FAIT LA FORCE - - - EENDRACHT MAAKT MACHT
deviendra sa devise.

Le 4 octobre 1830,
le Gouvernement provisoire proclame l’indépendance des provinces belges.

La libération du territoire s’achève : poursuivis par les patriotes, les Hollandais sont refoulés sur la Nèthe (bataille de Waelhem), puis sur Anvers (batailles de Berchem et de Borgerhout).
Seules les citadelles d’Anvers et de Maastricht restent en leur pouvoir.
Justement, aux alentours de Maastricht, du côté de Mouland près de Visé, la garnison hollandaise tentera un incursion et fut renvoyée au delà de la frontière le 20 novembre 1830 par le Capitaine Demany qui, à la tête de volontaires, vint de Liège.
Il trouva à Visé des renforts parmi la population.
Parmi ceux-ci les arquebusiers; les membres de la vieille gilde, menés par leur président le Baron de Ryckel qui était bourgmestre et commandant de la Garde Urbaine, ils ne se firent pas prier pour lui prêter main forte.
Cet épisode est resté dans les mémoires sous le nom de "Combat de Navagne".
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Le 4 novembre, la Conférence de Londres formée des représentants des cinq grandes puissances (Angleterre, Autriche, France, Prusse et Russie), impose un armistice aux belligérants et l’évacuation mutuelle des territoires.
Elle décide ensuite successivement (protocole de décembre 1830 et de janvier 1831), la dissolution du royaume des Pays-Bas, l’indépendance de la Belgique, ainsi que la neutralité perpétuelle et l’inviolabilité du nouvel Etat.
Elle fixe encore notre part de la dette du royaume dissout et " les bases de la séparation " du Nord et du Sud.
Le 10 novembre, le Congrès national se réunit et vote trois décrets importants :
- l’indépendance du peuple belge,
- la monarchie héréditaire et représentative,
- la déchéance de la famille d’Orange-Nassau.
Il dote ensuite le pays d’une constitution.
Face au refus de Louis-Philippe, roi des Français, d’accepter la couronne de Belgique pour son fils, le duc de Nemours, parce qu’il craignait pour lui l’hostilité de l’Angleterre, le Congrès institue une Régence le 7 février 1831.

Cette haute charge est conférée au baron Surlet de Chokier
et le gouvernement provisoire est dissout



Le 4 juin, le vote du Congrès appelle au trône Léopold de Saxe-Cobourg,
mais ce prince subordonne son acceptation à l’adoption par le Congrès du traité des XVIII articles, proposé par les Puissances comme préliminaires de paix.
Après d’orageux débats, le Congrès accepte le traité des XVIII articles, le 9 juillet.
La prestation de serment du premier roi des Belges a lieu le 21 juillet 1831, sur la place Royale, à Bruxelles.
Le roi Guillaume refuse d’adhérer aux préliminaires de paix et, le 2 août, sans sommation, ses troupes envahissent la Belgique.
Aussitôt le Roi Léopold se met à la tête de son armée, mais lutte malheureusement d’une façon inégale (Campagne des dix jours).
L’arrivée des 50.000 hommes du maréchal français Maurice Etienne Gérard contraint les Hollandais à repasser la frontière.
A la suite de l’agression hollandaise, la Conférence de Londres remplace le traité des XVIII articles par celui des XXIV articles, moins favorable à la Belgique parce qu’il lui enlève Maastricht et le Limbourg hollandais, le Luxembourg de langue allemande et lui fait porter une partie importante de la dette de l’ancien royaume des Pays-Bas.
Le 15 novembre 1831, la Belgique résignée, accepte ce traité, tandis que Guillaume Ier le repousse et refuse de rendre la citadelle d’Anvers.
Léopold Ier en appelle aux Puissances.
La France et l’Angleterre bloquent les côtes de la Hollande tandis que l'armée française, du maréchal Gérard force le général Chassé à capituler (1832).
Pendant six ans encore, Guillaume Ier s’obstine à ne pas adhérer aux décisions de la Conférence.
Soudain, en 1838, il déclare adopter le traité des XXIV articles.
Mise en demeure d’assurer l’exécution de ce traité, la Belgique consent à le ratifier malgré les lourds sacrifices qu’il lui impose.
Le 19 avril 1839, notre ministre plénipotentiaire à Londres signe l’acte définitif clôturant les négociations diplomatiques et mettant le sceau à notre statut international.

Désormais la Belgique, indépendante et neutre, devient « la clé de voûte de l’ordre européen ».

La Belgique servait de zone tampon, traversée obligatoire pour envahir les autres pays.
Le relief de la Belgique se prête en effet assez bien au passage des troupes qui pendant très longtemps ne se sont jamais gênées jusqu'en 1914 et 1940.

14:52 Écrit par Xavier dans Histoire de Belgique | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

La période hollandaise 1815 - 1830

Au congrès de Vienne en 1815, les trois grands vainqueurs se divisent l'Europe sans tenir compte des sentiments nationaux naissants, et sans consultation des populations. C'est ainsi que les territoires de la future Belgique sont réunis à ceux des Pays-Bas pour former un État tampon au nord de la France. À la tête de ce Royaume-Uni des Pays-Bas, Guillaume Ier d'Orange.

Le 18 juillet 1815, le roi publie une constitution en vue de la fusion des 2 Pays-Bas. Au nord, les Etats Généraux l'acceptent à l'unanimité. Au sud, elle est soumise à 1603 notables belges. 527 vont voter "pour" et 796 "contre" (dont 126 pour des motifs religieux). Le résultat était donc "contre" à 60%. Toutefois, dans le décompte des voix, les 280 abstentions seront considérées comme des votes "pour", et il en ira de même pour les 126 votes "contre" à motifs religieux. Le résultat devint alors 933 "pour" et 670 "contre". Et c'est ainsi que, le 24 août, le gouvernement proclama l'acceptation de la constitution à 58%.

L’opposition aux "Hollandais" était pourtant déjà patente. Ainsi, le 6 mars 1814, plus d'un an avant la naissance du Royaume-Uni, un agent britannique rapportait qu'en Belgique "la quasi-totalité des classes de la société (…) rejettent de façon très nette la Hollande et la Maison d'Orange".5

Dans les faits, la population assiste donc au rétablissement des Pays-Bas d'avant 1581, mais cette fois sous la forme d'un État protestant.6

Le premier antagonisme est donc logiquement religieux, et la situation inversée par rapport à 1581. Les 3.5 millions de Belges des provinces du sud sont catholiques et intégrés dans un état dirigé par les 2 millions de protestants des provinces du nord et leur roi. De plus, l'égalité des religions est décrétée : le clergé catholique se sent alors menacé et soutient l'opposition dans les campagnes. Cette opposition est surtout marquée en Flandre, et menée par l'évêque de Gand (de Broglie). Ainsi, comme en 1581, la religion sera une cause directe de la scission des Pays-Bas.

Le second antagonisme est économique : les libéraux n'ont plus accès au marché français, tandis qu'ils doivent faire face au libre-échange avec l'Angleterre, et son industrie fort avancée. De plus, le gouvernement favorisait les investissements dans le nord et le roi ira même jusqu'à freiner le développement du port d'Anvers pour favoriser les ports du nord.7 Pour ces raisons, en 1816, les ambassadeurs d'Autriche, de Russie et de Prusse ont déjà perdu toute confiance en la réunion des 2 Pays-Bas.8

Parallèlement à ces deux antagonismes, le gouvernement devenait de plus en plus autoritaire, vis-à-vis de la liberté de la presse (sous couvert de troubles de l'ordre public) et du clergé catholique. Ainsi, les opposants à ce despotisme se rassemblent, réclamant la responsabilité ministérielle devant le Parlement et la liberté d'enseignement.

Cette opposition catholique-libéral sera uniquement belge : les catholiques du nord n'ont aucune influence (depuis 1581) et peu de libéraux du nord s'y rallient, préférant rester fidèle au roi. Cela peut s'expliquer par le favoritisme pro-hollandais du royaume (dans la fonction publique et l'armée)9, mais également par le fait que les Belges étaient majoritaires. Leur faire trop de concessions reviendrait à les laisser gouverner le pays, ce que ni le roi ni la population du nord n'accepteraient. La fidélité au roi restera d'ailleurs très présente aux Pays-Bas : pas de question royale à la belge, même sous le règne de l'antidémocrate Guillaume III

Le soulèvement des Belges est alors inévitable, et l'élément déclencheur sera la seconde vague des révolutions en Europe (en 1830). La bourgeoisie prendra alors le pouvoir en août 1830 et, face au souverain absolutiste étranger, sera soutenue par toutes les couches de la société (de la noblesse aux paysans).10

Pour conclure sur cette période, précisons encore que si aujourd'hui la question linguistique est prépondérante, il n'en était rien à l'époque. Dans les faits, l'arrêté royal du 15 septembre 1819 établissait le néerlandais comme langue officielle (dans les provinces néerlandophones) pour la justice et l'administration, et les langues populaires n'étaient pas protégées (ainsi en ira-t-il de l'allemand au Luxembourg). De plus, les Wallons ne se sentent pas menacés pour autant, et pour cause : Guillaume Ier lui-même, bien que roi des Pays-Bas, était francophone (tout comme une bonne partie de la bourgeoise européenne de l'époque).

L'établissement d'une politique linguistique pro-néerlandais a été si graduelle, qu'il existait d'ailleurs très peu de liens culturels entre la Flandre et les Pays-Bas proprement dit.11 Et les griefs linguistiques accusant le roi d'imposer l'usage du néerlandais aux élites et à toute l'administration (justice, police…) n'apparaîtront véritablement qu'en 1829. Il faut dire qu'à cette date, on ne pouvait même pas rédiger son testament en français…

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La période française 1795 - 1815

En 1792, la principauté de Liège, à la « demande » de patriotes liégeois réfugiés à Paris, et les Pays-Bas du Sud sont libérés par des troupes de la Révolution française après la bataille de Jemmapes. Les Français organisent la Belgique sous la direction de Louis-Ghislain de Bouteville du Metz qui commence un pillage systématique du pays, notamment pour remettre à flot les finances de la jeune république. Les provinces belges sont reconquises temporairement en 1793 par l'Autriche avec l'approbation du peuple belge, excédé par les exactions françaises.3

En 1794, les États belges redeviennent partie de la République française le 1er octobre 1795 et la Principauté de Liège devient définitivement « belge » via son incorporation en trois départements (Ourthe, Meuse-Inférieure et Sambre-et-Meuse). Cette disparition sera entérinée en 1801 par le Concordat entre Bonaparte et le pape Pie VII.

Ainsi, les réorganisations systématiques et organisés par le Directoire reprennent. Lorsque Napoléon Bonaparte devient Consul, les « départements réunis » de la future Belgique ainsi qu'une (première) partie de la République batave sont intégrés dans l'empire français. Ces départements correspondaient à peu près aux anciens "états" des Pays-Bas autrichiens, même si certains furent créés ex nihilo (comme ceux du Limbourg et de l'Ourthe, conséquences du démembrement de l'ancienne Principauté de Liège).

Pendant la période française, le bassin houiller wallon fait sa révolution industrielle et devient une des régions les plus industrialisées d'Europe. Le reste de la Belgique, particulièrement la Flandre, est peu industrialisée.

La Belgique connaît à ce moment l'ensemble des institutions de la Révolution française : administration, Code Napoléon, imposition, justice reformée. Cependant, le peuple souffre, notamment sur le plan religieux et à cause de la conscription. Ainsi, sur l'actuelle province de Liège, 6% de la population meurt sur les champs de bataille (6500 hommes).4 L'usage des langues locales, comme les parlers flamands, est réprimé et les publications dans cette langue sont interdites avec l'instauration du décret du 2 thermidor an II.

La période française prend fin en 1815 avec la défaite de Napoléon à Waterloo.

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Les États-belgiques-Unis 1790

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Les États-belgiques-Unis sont une confédération de pays membres des Pays-Bas autrichiens, qui se sont déclarés indépendants de l'empereur Joseph II en 1790. Joseph II était le souverain des différents pays, étant à la fois duc de Brabant et de Limbourg, duc de Luxembourg (mais le Luxembourg ne fit jamais partie de cet Etat), comte de Flandre, comte de Hainaut, comte de Namur, seigneur de Malines, seigneur de Tournai, etc.



À l'époque, le mot « belgique » était utilisé comme adjectif, signifiant des Pays-Bas («nederlands» en néerlandais) ou des Pays-Bas du Sud («belgisch»). Parfois, au pluriel, « les Belgiques » était utilisé au lieu de « les Pays-Bas ».



Entre 1787 et 1790 se déroule la Révolution brabançonne, en rejet des réformes progressistes de l'empereur Joseph II. Elle n'est donc pas apparentée à la Révolution française.



Menée par Hendrik Van der Noot, les insurgés défont les Autrichiens à Turnhout le 27 octobre 1789, prennent Gand le 13 novembre, forçant à l'exil les régents impériaux Albert de Saxe-Teschen et son épouse l'archiduchesse Marie-Christine de Habsbourg-Lorraine. Van der Noot déclara alors le Brabant indépendant, et d'autres provinces des Pays-Bas autrichiens suivirent le mouvement (à l'exception du Luxembourg).



Le Traité d'union a été signé à Bruxelles le 11 janvier 1790 par les députés de neuf états, notamment les États de Brabant, de Gueldres, de Flandres, de West-Flandres, de Hainaut, de Namur, de Tournai, du Tournésis (ou Tournaisis) et de Malines. Il n'a cependant pas été signé par le Luxembourg, où l'autorité ducale de l'empereur restait intacte.



Parallèlement, en Principauté de Liège, la situation est très différente. Faisant suite à la prise de la Bastille le 14 juillet 1789, les Liégeois obtiennent la fin de l'ancien régime. Dès le 18 août, ils s'attèlent à la rédaction d'une constitution, après la prise de l'hôtel de ville et de la Citadelle. Et en 1790, la nation liégeoise contracte une alliance avec les États-Belgiques-Unis. La Révolution liégeoise (fin de l'Ancien Régime) n'a donc pas de points communs avec la Révolution brabançonne. Elle se différencie aussi de la Révolution française par son plus grand radicalisme (voir par exemple la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de Franchimont).

 

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La révolution liégeoise 1789 - 1795

La Révolution liégeoise est la période qui va de 1789 à 1795, et qui entraînera la disparition de la principauté de Liège après 8 siècles d'existence.

Selon certains historiens, la révolution se déroula pendant la période où le prince-évêque était absent, dès son départ pendant la nuit du 26 au 27 août 1789 jusqu'à son retour le 12 février 1791. Dans cette interprétation, la Révolution liégeoise était la contrepartie de la Révolution brabançonne dans les Pays-Bas autrichiens, qui a échoué.

Selon d'autres, la Révolution liégeoise était un miroir de la Révolution française ou en était même une partie. La Révolution en France commença simultanément en 1789 et dans cette interprétation la révolution à Liège continuait après le retour temporaire du prince; elle connut une deuxième phase avec l'entrée des troupes révolutionnaires en 1792, et une troisième phase en 1794 avec le deuxième retour des Français. Alors, la révolution finit en 1795 par la disparition de la principauté et son incorporation à la République française.

Pendant cette phase, la révolution a montré des épisodes extrêmes, par exemple la démolition de la cathédrale Saint-Lambert, même également des épisodes prometteurs : les députés de la Convention liégeoise, qui décideront du rattachement de la Principauté à la France, ont été élus en 1792 au suffrage universel.1

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Les Pays-Bas autrichiens 1713 - 1790/1790 - 1794

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Lode Wils, dans son "Histoire des nations belges" présente les Pays-Bas espagnols/autrichiens comme un état fédéral catholique, gouverné par des rois étrangers. Ce sentiment d'appartenir à un état-nation conduira notamment à l'émergence d'une "historiographie nationale des Pays-Bas méridionaux", portant sur l'histoire des "Belges" (Des Roches en 1782, puis Dewez en 1805 et De Smet en 1822).



Ce sentiment "belge" est d'ailleurs confirmé lorsque, en 1757 à Vienne, le "Conseil suprême des Pays-Bas" est supprimé (pour des motifs, il est vrai, tout autre), et remplacé par un "Bureau belge" au sein de la chancellerie autrichienne.



Il faut toutefois rappelé que ce mot "belge" fait référence aux Pays-Bas du Sud, à l'exclusion donc de la Principauté de Liège. Ainsi, en 1792, les patriotes liégeois et belges réfugiés à Paris vont se réunir en un "Comité des Belges et Liégeois Unis" (sous la direction de Walckiers). Mais les Liégeois vont toutefois rapidement se considérer comme Belges au fil des révolutions.

 

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Les Pays-Bas espagnols 1581-1713

Sous Philippe II, les Pays-Bas du Nord, convertis au calvinisme, se révoltent et obtiennent finalement leur indépendance sous le nom de Provinces-Unies. Les territoires qui formeront plus tard la Belgique et certaines provinces du Sud des Pays-Bas restent possessions espagnoles, après de nombreux troubles et l'extermination des anabaptistes (voir par exemple David Joris).

Ces troubles privent Anvers de sa prépondérance économique. La ville se vide de la majorité de sa population qui fuit vers les Provinces-Unies ou le Saint Empire romain germanique. C'est un peu plus tard qu'Amsterdam prendra sa place.

Au cours du XVIIe siècle les guerres opposant la France à l'Espagne et aux Provinces-Unies dessinent à peu près la frontière actuelle entre France et Belgique. Suite à des opérations militaires comme la bataille de la Peene à Noordpeene en 1677, le traité de Nimègue en 1678 vient entériner notamment le rattachement à la France des châtellenies de Cassel, Bailleul et Ypres. Cette dernière sera rendue avec Furnes et Tournai au traité d'Utrecht, en 1713.

Lors de ce même traité, la couronne d'Espagne passe aux Capétiens, avec Philippe V d'Espagne, petit-fils de Louis XIV. Les Pays-Bas du Sud , à ce moment sous le contrôle de l'armée néerlandaise, reviennent aux Habsbourg d'Autriche et deviennent les Pays-Bas autrichiens.

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